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start-up, Et si on reconnaissait enfin l’innovation comme un métier à part entière ?

Et si on reconnaissait enfin l’innovation comme un métier à part entière ?

L’innovation, en pleine accélération

Il y a cinq ans, le mot « innovation » n’était que peu prononcé dans les grandes banques. Seules quelques personnes en parlaient, souvent cantonnées dans des entités transverses, fort éloignées des métiers, et encore plus des clients.
Aujourd’hui, c’est devenu l’un des principaux buzzwords. Heureusement, pourrait-on dire, tant les banques ont besoin de se transformer, et souvent de façon radicale. Ces cinq années ont permis une véritable démocratisation de l’innovation. Elle a pris de nombreux visages : PoC, programmes intrapreneuriaux, formation au design thinking, partenariats avec des start-up, montage d’incubateurs et accélérateurs internes…

De l’idée à la mesure du ROI

Et cette période est sans doute déjà révolue. Pourquoi ? On ne peut nier le saut quantique réalisé en matière d’acculturation à l’innovation… Mais les grandes banques sont sous pression. Elles doivent faire face à la réglementation, aux taux bas, aux risques géopolitiques… Les obstacles à leur développement et à leur rentabilité sont nombreux. Elles ont besoin de résultats. Et l’énergie et les investissements considérables consacrés à l’innovation ces derniers temps, souffrent difficilement d’une mesure de ROI.
Nous voilà donc à la croisée des chemins. A gauche, continuer à innover et chercher ainsi à se prémunir contre les nouveaux entrants. A droite, siffler la fin de la récréation, maîtriser ses coûts et raisonner ROI… vraisemblablement, au grand dam, de la plupart des projets d’innovation en cours. Pourtant, et il ne s’agit pas là d’un excès d’optimisme, car une troisième voie existe. Cette voie peut ouvrir une nouvelle ère pour l’innovation dans le secteur bancaire. Elle repose sur quelques principes simples, mais, pour certains, très différents de ceux qui ont prévalu jusqu’à ce jour. Leur adoption sera donc susceptible de générer quelques déceptions. La période précédente a en effet érigé l’innovation comme le sommet du positivisme. Et, parfois, jusqu’à l’outrance.

De l’euphorie des start-up au métier de l’innovation

Il s’agit de principes d’un bon sens déconcertant. Nous parlons bien de ce bon sens qu’on perd parfois, emportés par les modes, l’euphorie de l’innovationnisme, des start-up pour tous, et j’en passe.
D’abord, soyons forts. Disons-le nous : l’innovation est un métier. On l’oublie assez souvent. Si vous n’êtes pas convaincus, lisez plutôt. 90% des start-up créées par de jeunes start-upers échouent. Et seuls 10% des start-up créées par des entrepreneurs connaissent le même sort. Comment réussir les initiatives d’innovation et créer les métiers de demain ? Embauchez des entrepreneurs de métier, ou des entrepreneurs « en résidence ». Appuyez-vous sur les compétences de vrais professionnels. Vous le faites d’ailleurs déjà pour vos autres métiers…

Sur l’innovation de rupture

Ensuite, disons-le nous également, une innovation de rupture, permettant d’inventer un nouveau business model créateur de valeur, ne peut émerger d’un métier existant. C’est humainement et économiquement impossible. Les métiers existants doivent financer ces innovations de rupture, mais surtout pas les héberger en leur sein. Ce serait signer leur arrêt de mort, car ces innovations ont pour vocation d’être les relais de croissance des métiers existants, lorsque ces derniers disparaîtront.

De l’investissement dans les start-up…

Un autre principe est issu d’un constat aussi universel que surprenant. Avez-vous remarqué comme les investissements dans les start-ups par les grands groupes respectent les canons de ce genre d’exercice ? A savoir injecter des fonds, souvent en grande quantité, sur des valorisations en général élevées, avec une sélectivité limitée du fait d’un deal flow qui l’est également et qui restreint sensiblement les choix d’investissement ?

Avez-vous remarqué comme à l’inverse, lorsqu’un budget est alloué, il peut être coupé ? Il est monitoré au millimètre. Il est scruté par un comité de pilotage préparé des PMO soucieux que le plan s’exécute comme prévu. Peu importe si les résultats du projet ont finalement créé de la valeur. L’important est d’avoir respecté les spécifications initiales.

Pourquoi ne pas adopter les mêmes pratiques, les mêmes exigences et les mêmes indicateurs pour les initiatives internes et externes ?

A l’avenir…

Ces quelques principes, relevant du pur bon sens, ne prétendent pas être exhaustifs. Ils seront sans nul doute appliqués progressivement dans les mois qui viennent, et sont autant de conditions nécessaires pour voir enfin se généraliser des initiatives d’innovation, créatrices de valeur, dont on pourra enfin calculer un TRI, à l’instar des investissements externes.

 

Texte écrit par Marc Sabatier, publié initialement dans Point Banque

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