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Fintech africaines, Fintech et inclusion bancaire universelle : le modèle africain

Fintech et inclusion bancaire universelle : le modèle africain

Les Fintech africaines surprennent encore. Elles ont commencé par proposer des services financiers innovants accessibles aux exclus des réseaux bancaires classiques.  Aujourd’hui, elles suivent résolument la voie de la convergence des systèmes. Elles nous laissent ainsi entrevoir un marché plus unifié. Au-delà, elles dessinent un modèle singulier et inspirant. Celui-ci pourrait avoir vocation à s’exporter.

En Afrique, le nombre d’internautes a augmenté de 43 % en 2018 d’après le rapport publié par Ecommerce Europe pour atteindre 435 millions d’utilisateurs. Alors que 80% des habitants utilisent le réseau mobile, seulement 20% disposent d’un compte bancaire.  Ainsi, 80% des achats en ligne sont toujours payés en espèces à la livraison.

Accéder à Internet sans l’expérience d’achat en ligne peut être vécu comme une frustration. Cela revient à regarder la vitrine d’un magasin en sachant qu’on ne peut rien acheter. Les Fintech ont bien compris le potentiel de cette situation. Elles proposent déjà aux exclus des réseaux bancaires classiques des services financiers s’appuyant sur la téléphonie mobile. Ces initiatives isolées manquent parfois d’homogénéité. Cependant, leur récente convergence dessine les contours d’un marché qui pourrait enfin atteindre une clientèle de masse et s’étendre.

Des services financiers à succès sur mobile

Le plus connu, et le plus ancien est mobile money. Dès 2007, M-PESA au Kenya, proposait des services bancaires simples sur GSM : ouverture de compte et vérification du solde par téléphone portable, dépôts, retraits, règlement des factures, transfert d’argent par SMS. L’opérateur pionnier compte aujourd’hui 17 millions d’utilisateurs au Kenya– soit plus des deux tiers de la population adulte du pays.
D’autres opérateurs ont investi des services plus complexes comme le crédit: microcrédits souscrits par mobile comme Oradian au Nigeria, et plus récemment des plateformes de crowdlending -par exemple Iroko project destiné à la levée de fonds pour des PME d’Afrique de l’Ouest.
Le service « Cash to Goods » rencontre également un franc succès. Il permet de régler directement depuis l’étranger. En effet, toutes les dépenses (santé, scolarité, nourriture…) de proches en Afrique sont payées grâce à un système de commerçants partenaires et de bons d’achats émis par SMS. AfriMarket s’est positionné comme le leader en Afrique de l’Ouest, concurrençant l’opérateur historique Western Union.

Un marché morcelé et des infrastructures limitées

Les Fintech œuvrent à l’inclusion financière universelle, objectif-phare de la Banque Mondiale à l’horizon 2020. Mais paradoxalement, elles ont aussi créé un marché morcelé au sein duquel coexistent des systèmes d’échange disparates et des partenariats fermés entre marchands et systèmes de paiement. Un client choisira plusieurs opérateurs distincts selon les portefeuilles mobiles qu’il souhaite atteindre, sa confiance dans la sécurité des transactions et les réseaux de partenaires e-commerçants auxquels il souhaite accéder.
Devant l’impossibilité de multi-équiper les clients, les opérateurs peinent à atteindre une taille critique pour financer le développement d’infrastructures (hébergement cloud, fibre…) nécessaires à leur expansion. Le cadre juridique et les investissements publics de la plupart des pays de ce continent restent insuffisants -voire inexistants- en la matière.

Une solution : API ouvertes et interopérabilité des portefeuilles mobiles

La solution ne viendra pas de grands programmes d’investissement public comme nous les avons connus. Par conséquent, l’Afrique s’éloigne du modèle européen des grands systèmes. Elle prend résolument la voie de l’interopérabilité des systèmes à l’aide d’API (Interfaces de Programmation Informatique) ouvertes.
Certains acteurs œuvrent en ce sens par le biais de partenariats entre grands opérateurs. Par exemple, la startup camerounaise WeCashUp propose depuis fin 2016 l’interopérabilité entre les systèmes de paiement mobile de près de 36 pays. Dans la même logique, les groupes Orange et MTN sont deux opérateurs de mobile money majeurs sur le continent africain. En effet, ils ont annoncé fin 2018 la création de Mowali qui permettra l’interopérabilité des paiements sur l’ensemble du continent africain.
En résumé, un client ne choisira plus le même opérateur que ses proches. Mais il choisira le réseau le plus large et le plus ouvert.
Par ailleurs, la tendance à rendre disponible des API ouvertes, à l’instar de Mastercard, Visa, M-Pesa et Android Pay permet à une multitude d’acteurs financiers de se connecter à ces systèmes, donnant ainsi accès à plus de services -et in fine plus de clients.

Au-delà des frontières de l’Afrique

Le potentiel de ces solutions dépasse le Continent africain. Jusqu’ici, les populations d’Europe de l’Est ou d’Amérique latine sont encore peu bancarisées mais sont largement équipées en téléphones mobiles. Et pourquoi pas mettre ces solutions inspirantes au service des populations les plus démunies au sein des économies développées ?

 

Texte écrit par Déborah Uzan-Nobel, publié initialement dans Point Banque. 

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