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Monnaies Banques Centrales : token or not token ? That is the question

Texte écrit par Ludovic Prieur, publié initialement dans Point Banque

Une multitude d’initiatives Blockchain, avec ou sans échanges monétaire sous-jacent

Depuis un an, les initiatives Blockchain se multiplient sur les marchés financiers. Les acteurs s’approprient rapidement la technologie des registres distribués (DLT). Nous sommes ainsi en train de dépasser le cadre des Proofs of Concept, pour rentrer dans une phase préindustrielle.
Cette tendance est particulièrement prégnante parce que les acteurs Buy-Side ou Sell-Side sont confrontés à la nécessité de réduire leurs charges. Pourquoi ? Les pratiques de marché évoluent : essor de la gestion indicielle à moindre frais, réduction des marges liées à la « plateformisation » de la négociation et de l’exécution. Et les contraintes réglementaires, MIFID2, RGPD, ou encore FRTB, se multiplient.
Dans ce contexte, la Blockchain offre de séduisantes possibilités de réduction des risques et des délais offertes. Elle apparaît comme un puissant outil de maîtrise des coûts.
Les projets Blockchain sont donc légion. Ils concernent un vaste éventail de sujets, qui peuvent être classés en deux catégories :

  • Les projets ne nécessitant pas de flux monétaire, comme le Consortium R3 sur les problématiques KYC par exemple ;
  • Ceux qui dépendent de transferts réels de monnaies Banques Centrales (BC).

Pour cette dernière catégorie de projets, un important obstacle empêche le développement à très grande échelle de la technologie DLT sur les marchés financiers : l’absence de monnaies Banques Centrales tokenisées, c’est-à- dire existant sous une forme d’actif numérique échangeable sur une blockchain.

Absence de monnaies Banques Centrales tokenisées : quelles problématiques ?

Prenons trois exemples :

  • HQLA-X, solution de gestion de la liquidité et du collatéral proposée par Deutsche Börse qui permet d’effectuer un swap de collatéral sans échange réel de titres, mais qui se concentre uniquement sur des opération Titres contre Titres ;
  • Iznes, initiative regroupant une trentaine de sociétés de gestion, plateforme de rachat-souscription de parts de fonds européens, mais qui ne permet que des opérations en Free of Payment (FOP) et pas en Delivery versus Payment (DVP) ;
  • L’offre à venir d’HSBC sur le Cash Pooling/Forex à destination des grands corporate, basée sur une initiative interne de gestion du Forex intra-groupe, mais qui ne fonctionne que si leurs clients possèdent l’ensemble de leurs comptes au sein de la banque.
    Pour ces trois initiatives, c’est bien l’absence de « Token-EUR » ou de « Token-USD » qui empêche des règlements Titres contre cash ou des échanges de devises sur le marché interbancaire via la Blockchain.

Des alternatives au potentiel limité

A ce jour, la seule alternative à l’absence de monnaies BC tokenisées est d’avoir pour chaque Blockchain, un token spécifique. Ainsi, JP Morgan vient de créer le « JPM Coin ». Il permet à ses grands clients de traiter tous types d’instruments financiers dans cette crypto-monnaie.
Mais ce mode de fonctionnement porte en lui-même ses limites. En effet, que se passera-t-il demain si d’autres institutions financières lancent leurs propres crypto-monnaies ? Les grands corporates et autres fonds devront-ils avoir autant de portefeuilles virtuels qu’ils ont de banques ? Quid des transactions interbancaires ou du correspondant banking : quelle crypto-monnaie utiliser pour un règlement entre banques ?
Ce type d’initiatives ne fait donc que pallier l’absence de monnaies BC tokenisées sans permettre une utilisation optimale de la Blockchain sur les marchés.

Côté Banques centrales : quels défis à relever ?

De nombreuses Banques Centrales ou des organismes internationaux (comme la BIS) ont commencé à se pencher sur le sujet. A ce jour, leurs positions laissent apparaître des niveaux de maturité très différents.
La Suède a ainsi lancé un projet e-Krona, qui reste embryonnaire.
La Banque d’Angleterre en est au stade de l’étude.
La BCE précise qu’elle n’a pas à ce jour de plans sur le sujet.
La problématique est vaste et complexe :

  • En termes techniques : comment utiliser une même monnaie BC tokenisée sur différentes Blockchains ?
  • En termes d’organisation : qui aura la charge de la tenue des comptes en monnaies BC tokenisées
  • En terme financier : quels sont les impacts potentiels sur les politiques monétaires ?

Les institutions monétaires des principaux pays ont néanmoins intérêt à accélérer leurs travaux car les enjeux ne sont en effet pas qu’économiques ou financiers, ils sont aussi politiques. La première Banque Centrale qui lancera sa monnaie tokenisée pourrait en tirer un avantage concurrentiel fort dans le cadre du financement des transactions commerciales mondiales.

 

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