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Comment faire échouer sa transformation digitale ?

Comment il ne faut pas jouer aux échecs
Ou comment faire échouer la transformation digitale de l’entreprise

Texte écrit par Julien Lever, et initialement paru dans Finance & Gestion, la revue des dirigeants financiers, que nous remercions.

Jeune joueur d’échecs, j’ai reçu de mon coach, un triste jour de défaite, un opuscule de 30 pages. Je le pris comme une pique, mais cela s’avéra un acte d’une grande bienveillance. Son titre ? « Comment il ne faut pas jouer aux échecs ? ».
Je souhaite aujourd’hui, en hommage à cet homme, partager, « à la manière de », quelques convictions forgées lors de nombreuses missions et vous expliquer comment ne pas réussir votre transformation digitale.

1er principe. Admettez que nous ne pouvons pas être égaux face à la connexion

La transformation digitale, comme l’entreprise, a sa hiérarchie. Proposez à votre COMEX du matériel dernier cri, toutes options. Pour vos managers, choisissez un téléphone milieu de gamme. Restreignez-les aux outils du quotidien : Word, Excel, Powerpoint. Les autres collaborateurs ? Equipez les d’outils déjà bien amortis et verrouillez l’accès aux sites web qui pourraient les déconcentrer.

Principe n°2. Développez l’agilité de vos collaborateurs, prenez les par surprise

Ne prévenez pas vos collaborateurs des mises à jour logicielles sur leur ordinateur. Ne perdez pas votre temps et votre argent à les accompagner individuellement dans les usages de leur nouveau poste de travail : les fonctionnalités d’un nouveau logiciel ou d’un nouveau matériel restent toujours les mêmes.

Principe n°3. Soyez généraliste et ponctuel dans le déploiement de votre transformation digitale.

Si vous décidez d’accompagner vos collaborateurs, concentrez vos investissements sur la phase « de transition », les premières 48h où votre collaborateur se retrouve avec un nouveau matériel. Oubliez la phase « d’adoption », bien après la phase de transition. Elle est très « time et money consuming » car nécessite de répondre spécifiquement aux besoins opérationnels. Oubliez coaching et formation : « One size fits all » !

Principe n°4. Soyez prudent dans le développement du collaboratif

Ne cherchez pas à exploiter les nouvelles fonctionnalités de collaboration des suites bureautiques. N’encouragez pas un travail de manière (a)synchrone sur un même document, continuez à échanger par mail.
Le cloud n’est pas sûr !

Principe n°5. N’essayez pas d’évaluer la capacité des collaborateurs à accueillir la transformation digitale de l’entreprise.

77 % des managers estiment que le digital permet d’acquérir de nouvelles compétences. Encore une idée reçue ! N’allez pas croire que les compétences comportementales et cognitives des collaborateurs soient sollicitées dans la transformation digitale. Donc pourquoi les évaluer ?

Principe 6. Minimisez l’impact du digital sur la culture de votre organisation

Croire que la transformation digitale challenge l’organisation par l’horizontalité qu’elle impose en remplacement d’un modèle vertical est une hérésie. De même, croire que la transformation développe une exigence de transparence dans les interactions ou gomme les lignes hiérarchiques inutiles est une ineptie.
Le digital n’impacte pas l’organisation.

Principe n°7. Relativisez l’impact sur la culture managériale

Même si 58% des managers estiment que leur rôle doit évoluer, ne vous laissez pas leurrer le fantasme d’un nouveau type de management. Pourquoi faire évoluer le rôle du manager ? La posture de command & control a fait ses preuves depuis 30 ans. Le manager coach, bienveillant, n’a rien démontré. Il doit rester l’apanage de ces startuppers qui disent incarner l’innovation.

Principe n°8. Ne vous sentez pas redevable d’exemplarité !

Membre d’un comité de direction, ne tentez pas d’être exemplaire face au digital. Vous avez d’autres priorités. Si vous vous lancez dans une conférence Skype et que vous n’arrivez pas à vous connecter, faites preuve d’efficacité : montez une conférence téléphonique.

Principe n°9. La transformation digitale est l’affaire uniquement de la DSI

La transformation digitale n’est pas l’affaire de tous. Elle doit être portée uniquement par la DSI : c’est bien d’équipements, d’infrastructures et de logiciels dont nous parlons. Ne tentez pas de mêler à votre réflexion d’autres fonctions qui s’intéressent à l’expérience client et utilisateur, comme le marketing, le commercial, la RH, la communication.

Principe n°10. Ne vous fiez qu’à un seul référentiel : le vôtre !

Si vous faites appel à un expert, il vous proposera de revisiter la chaîne de valeur de votre offre à l’aune du digital, d’identifier les enjeux de la data, d’analyser les impacts du digital sur votre marque employeur, et de vous livrer au petit exercice « Kill your company ! » pour savoir qui pourrait disrupter votre entreprise. Ne vous laissez pas séduire ! Ne repensez ni votre business model, ni votre stratégie.

Voilà cher lecteur, les dix principes qui vous permettront de ne pas réussir la transformation digitale de votre organisation. Libre à vous de les appliquer ou d’en prendre le contre-pied. Quoi que vous décidiez, ces principes sauront vous rappeler avec lucidité tous les enjeux que vous devrez adresser !