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étranges assurances

Etranges assurances

Ecrit par Naïm Qanabita

La recherche de relais de croissance par les assureurs stimule parfois grandement leur créativité. Tour d’horizon de ces idées parfois surprenantes…

30 millions d’assurés potentiels

Si les assurances concernant les chiens et les chats sont de plus en plus courantes, certains acteurs du secteur se distinguent en commercialisant des polices aux clauses couvrant explicitement le syndrome du chat « parachutiste ». D’autres s’orientent vers des animaux moins répandus, comme les équidés . D’autres encore investissent le terrain des créatures exotiques, du moins dans les pays où leur adoption est légale. Ceux-ci proposent notamment de couvrir non seulement les frais de santé des mygales, varans, singes et autres animaux modérément domestiques, mais aussi les morsures, empoisonnements, amputations et autres « menus » dégâts corporels ou matériels qu’ils pourraient occasionner. Certaines polices d’assurance vont jusqu’à inclure la prise en charge des frais de taxidermie de l’animal après son décès…

Pokémon : assurez-les tous !

Les assurances dédiées aux accidents de chasse négligeaient la traque des animaux virtuels, jusqu’à ce que Sberbank s’en mêle. Ainsi, la plus grande banque de Russie a su rapidement surfer sur le phénomène de société Pokémon GO. Ce jeu d’extérieur en réalité augmentée est à l’origine de nombreux accidents : chutes, accidents de voiture…  Les joueurs, focalisés sur leur smartphone, sont en effet assez inattentifs… L’institution a ainsi lancé une assurance gratuite dédiée aux chasseurs de Pokémon. Elle les incite en outre à pratiquer leur passion dans ses propres agences, équipées pour l’occasion d’appâts à Pokémon. A la clé ? Une hausse de la fréquentation, un rajeunissement de l’image du bancassureur et la constitution d’un conséquent fichier de contacts. Une belle opération marketing, doublée d’une véritable dimension pédagogique !

Excentriques Britanniques, étranges assurances

La vénérable Lloyd’s of London, quant à elle, est pionnière d’un grand nombre de produits aujourd’hui classiques comme l‘assurance auto ou l’assurance voyage. Elle a également construit sa réputation avec des polices moins banales, portant par exemple sur des parties du corps d’artistes ou de sportifs. Elle assure ainsi, entre autres, le sourire de Julia Roberts (20 millions de livres Sterling), les jambes de David Beckham (100 millions) et de Mariah Carey (500 millions), ou encore la langue du bassiste du groupe Kiss (0,5 million).
Dans un autre domaine, la Lloyd’s assure également les arrières de Cutty Sark. La marque de whisky a promis une prime d’un million de livres à qui capturerait le monstre du Loch Ness. Précisons que l’assureur avait initialement refusé le contrat, prétextant que le taux de probabilité du sinistre était trop élevé…
Décès consécutif à la chute d’un engin spatial, transformation de l’être aimé en vampire ou son enlèvement par le yéti, agression par un loup-garou… Le catalogue d’étranges assurances de la Lloyds est encore très long.

Un autre assureur britannique, Ultraviolet, initialement spécialisé en assurance perte d’emploi, s’est diversifié en 2001 avec la gamme de produits « Spooksafe » (« anti-effraiement »), couvrant notamment un pub-hôtel du Suffolk contre le risque que ses clients soient incommodés par quelque mort-vivant chahuteur. La compagnie, qui pratiquait également la prévention auprès de ses assurés grâce à une équipe d’enquêteurs psychiques, a affirmé avoir vendu 500 contrats de cette assurance non-vie (au sens propre du terme) dès sa première année de commercialisation. Mais Ultraviolet a, depuis, disparu dans les limbes, peut-être victime d’un esprit vindicatif.

Assurance du troisième type

On pourrait hâtivement voir dans de telles polices une excentricité typique des sujets de Sa Majesté. Mais certaines compagnies d’outre-Atlantique ont elles-mêmes largement prouvé leur propre créativité assurantielle et nous proposent leur lot d’étranges assurances.
Ainsi, la société St. Lawrence, en Floride, assure depuis 1987 les dommages liés aux enlèvements par des extraterrestres (dissections, grossesses, anomalies spatio-temporelles…) ainsi que la prise en charge des soins psychiatriques des ufonautes involontaires, pour une prime unique de 24,95 $ (ou 19,95 $ si l’assuré opte pour la dématérialisation).
Moyennant une simple preuve de son enlèvement (signature d’un alien-en-chef, plaque d’immatriculation de l’OVNI, méta-brûlure au rétrolaser…), l’assuré sinistré percevra une indemnité pouvant s’élever jusqu’à 10 millions de dollars (versés à hauteur d’un dollar par an pendant 10 millions d’années, sauf en cas de décès de l’assuré).
Lancée comme une plaisanterie, l’assurance a, contre toute attente, trouvé son marché. Ainsi, St. Lawrence revendique plus de 6 000 contrats vendus depuis 1987, et un seul sinistre prouvé et indemnisé ; quoi de plus normal que l’assurance du troisième type ait un ratio S/P surnaturel ?

L’innovation extrême, un relais de croissance à explorer

Ce rapide panorama des étranges assurances montre que les produits les plus insolites, même lancés sur le ton de l’humour, peuvent répondre aux besoins de marchés de niche, certes parfois irrationnels, mais potentiellement caractérisés par une profitabilité record.
Néanmoins, c’est surtout en termes d’image que se mesurent les bénéfices, de Sberbank qui a su rajeunir la sienne, à la Lloyd’s entretenant sa réputation d’assureur de l’extrême, et, in fine, s’assurant la conquête, voire la fidélité, de nouveaux clients. Un résultat qui ne peut qu’attirer l’attention, en ces temps d’érosion des marges et de concurrence accrue…

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